Passionné dès les premières heures du Hip Hop français sur le terrain vague de La Chapelle, Lion Scot, le MC à la voix et au style unique, aime profondément son métier. Toutes les occasions sont bonnes à saisir pour mettre à profit son don : open mic, compétitions sportives, battles de danse, sound system, radio, voix off… Tour à tour danseur, producteur, animateur radio et TV, avec toujours comme point commun l’amour du Hip Hop, c’est dans son rôle de Maître de Cérémonie qu’il trouvera la consécration. Cette envie constante d’observer et de s’exprimer lui ouvre, aujourd’hui, la voie vers une nouvelle passion : la photographie.

Bonjour, est-ce que tu peux te présenter ?
Bonjour, je suis Lion Scot animateur radio et animateur de concerts, de festivals et de soirées.  

Quel est la signification de ton pseudo ?
Fut un temps, j’étais danseur et lorsque j’ai arrêté pour être producteur, je voulais marquer le coup… J’étais « Scot » et comme je suis du signe astrologique du lion, je l’ai mis devant mon pseudo.

Peux-tu nous parler de ta rencontre avec le Hip Hop et par quelle discipline as-tu commencé ?
Grâce à une émission de TV, il me semble que c’était Les Enfants du Rock, dans laquelle j’ai vu des mecs danser dans les rues de New York. Par la suite, on m’a initié à cette danse dans mon quartier.

À quel moment as-tu réalisé que c’était une véritable passion ?
Dès le début, c’était du jamais vu à cette époque-là !

Lion Scot Globo photo par Yoshi Omori
Lion Scot au Globo © Yoshi Omori – extraite du livre MOUVEMENT

Quand as-tu pris conscience que le Hip Hop était un bouleversement culturel ?
Comme je viens de te dire, dès le début, c’était une fierté d’être original dans la société, on nous traitait de marginaux mais nous on était contents de ça, être à part. Aucun autre code n’existait, tous les jours quand on se levait, on « fabriquait » ce code !

Maintenant avec le recul des années, qu’est-ce que le Hip Hop t’a apporté ?
La connaissance de la vie, sans passer par un style « académique » pour l’apprentissage.

Est-ce que tu penses que ça t’a changé ou aidé ?
Me changer non, puisque j’ai évolué avec, mais aidé, oui car avant ça je ne savais pas que je pouvais être autodidacte.

Quel ont été les moments les plus marquants ?
Le moment où des gens m’ont proclamé comme l’un des meilleurs danseurs de Paris. Et par la suite quand j’ai monté le tout premier label indépendant de Paris Artikal Productions en 1995 il me semble. Ensuite ont m’a proclamé meilleur animateur de Paris parce qu’à l’époque j’étais partout : j’avais déjà 2 ou 3 émissions sur la radio Générations FM, j’animais pas mal de soirées Hip Hop, mais aussi reggae et soul… Il y avait aussi les festivals et les concerts. J’animais surtout des projets musicaux mais aussi dans le milieu du sport : des matches de basket, de hockey, des sports de glisse, sans oublier les battles de danse évidemment…

Est-ce que tu te considères comme un activiste Hip Hop et ça consiste en quoi ?
Non, je ne me considère pas de la sorte, parce que je fais les choses naturellement, j’ai baigné dedans donc tout ça, c’est normal pour moi.

Qu’est-ce que le Hip Hop représentait pour toi à tes débuts ? Et qu’en est-il maintenant en 2020 ?
Le Hip Hop représentait pour moi une ère nouvelle et aujourd’hui c’est encore une source de partage d’informations mais aussi une façon d’exister dans la société.

« Le MC, au début c’était le Maître de Cérémonie qui est devenu rappeur par la suite : c’est le griot du Hip Hop.»

Alors qu’au début le rap, le DJing, le graffiti et la danse formaient un ensemble, pourquoi à ton avis cet éloignement entre les 4 disciplines historiques s’est-il installé ? Que penses-tu de cette séparation ?
La séparation des différentes disciplines a beaucoup affecté le Hip Hop, car comme on dit « l’union fait la force, mais la misère la divise » [ndlr : citation de Kool Shen dans le titre “Affirmative Action” ]. Ce que je veux dire c’est que certaines disciplines ont avancé beaucoup plus vite que d’autres, mais elles ne se sont pas retournées pour aider les plus lentes. C’est comme pour le foot, dès qu’il y a de l’argent en jeu, l’être humain change de face.

Ce n’est pas quelque chose que tu mets en avant mais ce n’est pas un secret non plus que tu es le frère de Joey Starr, est-ce que tu as eu toi aussi l’envie d’être rappeur ?
J’ai écrit fut un temps avec Aro, mais c’était trop « amateur », j’ai vite vu que rapper ce n’était pas pour moi. Mon frère m’avait proposé de faire mon album, avant ça les collègues de mon label m’avait aussi proposé, je leur ai donné la même réponse : je ne savais pas rapper et que cela ne m’intéressait pas. Ce qui était vrai.

Lion Scot photo par Nico SKGZ
Lion Scot photo par Nico SKGZ

Tu as été danseur également pourquoi ne pas avoir continué dans cette voie ?
C’était plus une passion qu’autre chose, de plus, deux graves accidents m’ont remit dans la dure réalité de la vie. C’est grâce – ou à cause – du dernier que j’ai tout arrêté et que j’ai monté mon studio d’enregistrement et de répétition en plein Paris, à Bastille, c’était entre 92 et 93.

Qu’est-ce que tu penses de l’éventuelle entrée de la danse Hip Hop aux Jeux Olympiques ?
Je te dirais : JAMAIS DE LA VIE ! C’est un « mouvement » né de la rue et les institutions qui crachent dessus depuis sa naissance en France, aujourd’hui veulent encore nous manipuler… ! J’ai pour habitude de prendre cet exemple : Quand quelqu’un te crache dessus toute ta vie, puis un jour il t’invites à manger chez lui, est ce que t’y vas ?
Moi non ! Et c’est tout à fait ça !

Lion Scot photo par Nico SKGZ

Tu es régulièrement sur scène pour animer des concerts et des battles, on parle peu de ce métier de « speaker » qui est pourtant important dans le Hip Hop, qu’est-ce cela représente pour toi ?
Tout d’abord le terme exact c’est MC.  Un speaker dans sa vraie définition, c’est un animateur radio. Ceux qui se disent ou s’autoproclament « speaker » me font bien rire !
Sinon pour te répondre, être MC ça représente déjà toute ma vie artistique et plus encore ! Le fait d’animer, c’est un élément qui créé une relation entre toi et le public, tu es le lien entre toutes les animations sur scène, de plus tu es l’artiste qui reste le plus longtemps sur la scène, plus que tous les autres !
Et puis le MC, au début c’était le Maître de Cérémonie qui est devenu rappeur par la suite : c’est le griot du Hip Hop.
Je peux t’assurer que ce n’est pas si simple de savoir capter l’attention du public et de savoir parler à une foule.

À propos du métier de MC : « Les gens doivent savoir pourquoi tu es là devant eux, que ce n’est pas un hasard, que tu es un artiste à part entière toi aussi. »

Tiens au fait on dit UN battle ou UNE battle ?
Normalement on devrait dire une battle, parce que c’est une « bataille », mais nous les français, on a préféré franciser l’expression, donc on dit « un » parce que depuis le début, nous on disait « un défi ».

Quel serait ton top 3 des évents battles de danse ?
Le Battle VNR d’ Aulnay-Sous-Bois, Le Who Is Who et le Battle Pro qui a débuté à Chelles : ce sont les trois battles à ma connaissance qui sont restés Hip Hop.

Graffiti photo par Lion Scot
photo (c) Lion Scot

Comme évoqué précédemment, ton rôle de MC est très important, est-ce qu’il y a des MC’s (français ou étrangers) qui t’ont inspiré ou marqué ?
Les seuls qui m’ont marqué sont les frères Michael et Bruce Buffer qui officient pour la boxe et le MMA. Sinon il y a aussi Buju Banton et Fatman Scoop.

Qu’est-ce qu’un bon MC selon toi ? Quelles sont tes techniques pour ambiancer la foule ou la faire patienter ?
Pour être un bon MC, faut savoir faire rire le public, s’imposer quand il le faut, rebondir quand il y a des problèmes techniques, bien connaître ses classiques, il ne faut faire qu’un avec son public qui vient pour voir un show, mais qui veut aussi en faire partie. Il faut aussi que les gens sachent pourquoi tu es là devant eux, que ce n’est pas un hasard, que tu es aussi un artiste à part entière.

Quel est ton meilleur souvenir sur scène ? C’était pendant quel événement ?
J’ai deux meilleurs souvenirs : le 100 Contest et Urban Peace. Au 100 Contest j’ai vu mes « stars » Buju Banton, Toots and The Maytals, Redman et bien d’autres sur scène en plein air, soleil couchant et 50 000 personnes qui kiffent le son… avec Urban Peace, au Stade de France, c’était la première fois que j’y mettais les pieds. Il y avait 80 000 personnes et je leur ai fait faire « ce que je voulais », ils étaient déjà acquis à la cause !

Tu t’es lancé récemment dans la photographie, pourquoi cette nouvelle activité ?
C’est très simple, comme je te l’ai dit je suis autodidacte, on m’a offert mon premier appareil photo et à force je me suis intéressé à l’objet et au résultat que ça donnait. J’ai aussi une paire de platines MK2 mais je ne m’y suis pas encore mis. (Rires.)

Est-ce que tu avais besoin d’une nouvelle forme d’expression artistique ?
Oui sûrement. Peut-être que je veux aussi montrer ma sensibilité, je ne sais pas, je n’ai pas vraiment réfléchi à tout ça. Je me suis pris de passion pour la photo c’est tout.

Peux-tu nous parler de tes photos ? quel sont tes thèmes de prédilection ?
Mes photos sont basées sur « l’urbain », entre le mobilier des villes et les graffs, les monuments aussi j’aime bien. Mon thème de prédilection c’est les portraits ou les gros plans de visages, car « seuls les yeux ne mentent pas ».

Pourquoi le choix du noir et blanc ? Et quels sont les photographes qui t’inspirent ?
Je trouve que le noir et blanc fait ressortir la mélancolie d’une scène choisie. Les photographes qui m’inspirent sont principalement des photographes de noir et blanc comme Robert Doisneau, Lee Jeffries ou Manny Librodo, entre autres.

Est-ce qu’on aura un jour le plaisir de découvrir tes photos lors d’une exposition ?
J’espère très franchement exposer. Pour l’instant je veux acquérir plus d’expérience encore avec mon appareil, je veux vraiment le maîtriser. Je prends encore des cours pour améliorer ma technique.

Comment imagines-tu le métier de MC dans 20 ou 30 ans ?
Tant qu’il n’y aura pas de personnes malveillantes voulant tirer la couverture à elles, le Hip Hop aura de beaux jours devant lui. Par exemple aujourd’hui il y a un « speaker » qu’on appellera « Y » qui déforme trop la vérité sur ce qui s’est réellement passé en France et plus précisément à Paris, en ce qui concerne l’histoire du Hip Hop. Il ne comprend pas que ses actions égoïstes font du tort à toute la communauté du Hip Hop et en plus il manque de respect à ses aînés : les Rachid Dhibou, Mathurin, DJ Chabin, Dee Nasty et d’autres. Si tu l’écoutes, le Hip Hop c’est lui et il aurait tout fait. Alors que tout son comportement n’a rien à voir avec le Hip Hop !

Est-ce que tu peux nous parler de tes futurs projets ?
J’avais des animations de prévues mais il y a eu les annulations suite à la pandémie. J’anime l’émission One Shot avec Sheryo et Selekta Borgar tous les samedis de 18h à 20h sur Kushmasteradio.fr ! Et peut-être que je vais avoir une chronique dans T-Rex pour parler de la sortie d’un son ou d’un album…

One Shot présenté par Lion Scot, Sheryo et Selekta Borgar

Et toi ton avenir tu l’imagines comment ? Toujours sur scène, derrière un appareil photo ou peut-être aux platines ?
Oui j’essaierai d’être toujours sur scène et derrière mon appareil photo… Les platines, on verra peut être plus tard, mais ça sera de l’amusement.

Ton mot de la fin ?
N’ayez pas peur de faire les choses et si c’est par vous-mêmes, c’est encore mieux. N’attendez pas les autres pour vous « révéler ».  Merci à toute l’équipe de T-Rex Magazine. One Love !


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